5h55 LES C.R.S. INVESTISSENT AUBY

Auby, ville assiégée, avait un visage de temps de guerre, hier matin vers 6 heures. A toutes les entrées, des cordons d'hommes en armes (amenés là par centaines), des cars de C.R.S. interdisaient l'accès vers le centre-ville, même à la presse. Les uniformes accentuaient encore l'aspect d'état de siège.

Comme en témoignait l'horloge de l'église, c'est à 5h55 que les forces de répression ont envahi Auby, après que le courant eut été coupé.

«Ils ont envahi le local par la force, après avoir enfoncé la porte» «Ils ont tapé sur tout le monde, y compris sur M. Valette maire communiste d'Auby» nous ont dit des témoins.

Rapidement, les principaux responsables départementaux de la C.G.T. du Nord - Pas -de-Calais, les députés et élus communistes étaient sur les lieux. Alertés des militants arrivés de partout, s'accumulant aux barrages policiers ou arrivant à s'infiltrer au centre ville par des chemins détournés.

Tandis qu'en mairie élus et responsables syndicaux se concertaient, Aldebert Valette réunissait un conseil municipal extraordinaire.

Dehors la population faisait face aux C.R.S. et autres G.I.R. (groupement d'intervention rapide) ou « flics » en civil qui occupèrent certains locaux municipaux et démontèrent l'antenne, émetteurs et matériel de « Radio-Quinquin ».

Des prises de paroles avaient lieu sur le perron de l'hôtel de ville.

François Dumez, secrétaire départemental CGT du Nord apportait le soutien de la confédération. Il dénonça Giscard « qui a peur de la vérité » mais aussi P. Maurois président socialiste du conseil régional. Après avoir annoncé - sous les applaudissements - que « Radio-Quinquin réémettra, il appelait à la lutte.

Gustave Ansart, député, membre du bureau politique du P.C.F., était présent pour soutenir  Aldebert Valettte, poursuivi en justice pour avoir abrité « Radio-Quinquin », mais présent aussi pour soutenir la C.G.T. et sa radio « voix des revendications et des luttes, symbole de liberté et de démocratie ». Il dénonçait M. Parat préfet du nord et appelait à manifester massivement le 5 juin, mais aussi vendredi soir et lundi à l'occasion du passage d'Aldebert Valettte devant le tribunal d'Amiens.

Et puis, sur le perron de l'hôtel de ville et sur la place on s'organisait. Une mini « Radio-Quinquin » était installée. Des Aubygeois apportaient leurs disques. Une collecte rapportait plus de 6000 francs en une heure et demie de temps. Les cellules du P.C.F. éditaient un numéro spécial de leur journal. De partout affluaient les soutiens.

Les communiqués annonçaient l'arrivée de délégations d'entreprises faisant état de débrayages ou de grèves organisées aussitôt l'agression connue.

Tout se déroulait dans l'ordre et la dignité. Plusieurs fois la foule entonna « la Marseillaise », « l'Internationale » et ... « le Chiffon rouge ».

Ainsi, dès hier matin, à Auby et dans toute la région, la riposte était engagée pour que continue de vivre « Radio-Quinquin ».

3000 MANIFESTANTS A AUBY

Hier après-midi, 3000 personnes environ se sont trouvées réunies devant la mairie d'Auby. Vendredi soir la riposte sera encore plus importante.

D'autre part de nombreux débrayages ont  eu lieu dans les entreprises de la région et de nombreux syndicats ont tenu à manifester leur soutien à « Radio-Quinquin » par l'envoi de télégrammes ou de délégations venues parfois de très loin, de Dunkerque, de l'Avesnois, etc.